Commencement romanesque

Posted: July 7th, 2009 | Author: admin | Filed under: autres projets | Tags: , | No Comments »


Autrefois je croyais que la force des mots était garante de vérité. Qu’à condition de trouver le mot juste, il ne dépendait que d’un acte de volonté approprié que je parvinsse à consigner sous une forme affirmative tout ce qui était vrai ; j’ai appris depuis que les mots n’ont d’autre valeur que celle de l’esprit qui les choisit, de sorte qu’il entre dans l’essence de toute prose d’être une forme d’imposture.*


Une étincelance d’ombre m’éloignait du chemin.
Il fallait revenir. Revenir à tout prix.

Izmir était accoudé à la fenêtre depuis quelques temps déjà.
La musique était devenue un ensemble de nappes satinées et voluptueuses dans lesquelles sont esprit était. Il y découvrait une consistance, une épaisseur qui lui était familière malgré les incandescences de la nouveauté. Tel un des éveillés, il goûtait. Ces sons, ses sens, le transportaient bien au-delà des toits de cette ville qui en ces instants lui paraissait mirage. D’aucuns parlaient des temps anciens et des moyens qui étaient, tour à tour, imposés, proposés, pour que les fils enfin se tissent. Le passé était devenu un gouffre aux illusions, un refuge aux espérances, une réalité sans nom ne cessant d’être qualifiée pour de bonnes raisons. Pour de mauvaises raisons. Qui sait ? Qui veut savoir vraiment ?
Les bruits familiers avaient disparus dans les présences du silence. La mélancolie étrange trouva une porte de sortie acceptable. Elle allait se déguiser de nouveau, pour se cacher de nouveau.

En un instant alangui le disque s’arrêta. La moiteur et la quiétude du voyageur se firent jour, en conscience, comme des traces, des preuves de ces incursions/excursions du quotidien. Le maintenant se déploya pour faire sa place tandis que la rumeur ménagère s’amplifia presque soudain. Un avion passa. Un moteur s’étouffa pour mourir et renaître sous des doigts agiles et omnipotents.

Il était coutumier de ces “décrochages” comme il en était venu à les qualifier. Depuis quelques mois, la fréquence de ces parenthèses était grandissante. Elles se faisaient donc plus proches mais aussi plus intenses. Cependant, ce n’était pas comme un trou de mémoire, une absence où l’on a l’impression d’avoir été victime d’un larcin de bouts d’existence. Non pas, “en quelque sorte”, “si l’on peut dire”, “selon une analogie éclairante quoique inexacte” : pas d’approximation ici, ni de concession au déjà vu. C’était l’inverse. Une brèche dans le temps aurait été moins oppressante : un autre temps impliquant une perception différente. Même un esprit solide et structuré, sujet de cette dernière, doit perdre tous ses repères, pour en acquérir de nouveaux, mais bien plus vastes.
En somme, c’était l’idiosyncrasie des perceptions communes qui s’exprimait, se réalisait, à chacun de ses décrochages. Le plus surprenant ou le plus drôle – selon les circonstances – résidait dans le fait que cela pouvait se passer n’importe quand dans la journée ou dans la dimension nocturne. Izmir préférait employer cette expression pour désigner la nuit, de la même façon que certains appellent la lune, l’astre nocturne. Ainsi, dans la file d’attente chez le boucher, au moment où la boulangère tend le rendu de monnaie, soit pendant cet instant où le bus passe sous nos yeux et que nous sommes alors incapables d’en fixer un seul point.

Aucune similitude, en apparence, dans les conditions préalables à l’expansion des temps.


* : Christopher Priest, La fontaine pétrifiante.


La culture est une forme de vie

Posted: June 27th, 2009 | Author: admin | Filed under: AlterAltitude, Imaginaflamenco, JP in photoland, autres projets, blog GASphere, jazz cinéma | Tags: , , , | 2 Comments »


Aspiration : tendance à réfléchir de la lumière noire


La béance engouffrant toutes les autres avait assez attendu.

Elle était là n’en pouvant plus de sentir cette nourriture
tant promise depuis que les mondes sont
apparus à l’intérieur de sa panse
matrice d’un jour matrice de tous
la grande faim s’était révélée
comme une imprécation aux intonations incantatoires
et sans blasphème aucun…

La première régurgitation enflamma les cieux de sa beauté
puis le rien puis le beau puis le rien
puis le beau s’épanchèrent aux yeux des seul(e)s capables soumis
au spectacle des débordements des unités élémentaires
gonflant vers les directions non encore nommées
là ils elles virent bien autre chose que l’aboutissement
des chemins de la quête mais leur naissance
se mordant la queue face à la source iridescente des multiples
de l’ordre sans début ni commencement ni fin
une profusion d’instants distendus projetés
vers le centre de sa périphérie englobante
où les frontières n’ont ni ce nom ni cette prégnance.

L’exultation d’elle était là partout
la noirceur évacuée ne pouvait plus
sa place tenir !

ce qui afflua alors

partagée elle enfin

ils elles devinrent

enfin elle connue

offrandes et hôtes sans privilèges

Ils elles durent peu à peu considérer leur nouvelle condition.

L’accomplissement de la Substance avait été une simple remise en forme.

Des choses que l’on croit connaître pendant une existence aveugle avant l’éveil de la préciosité omniprésente, et que les loups s’efforcent de cacher de voiler à l’attention des éveillé(e)s.

La grande mort aux vulgaires pétillances des êtres resterait rayonnante au creux pour toujours de leurs vies.

Maintenant, un devoir leur incombait : témoigner de cette possibilité, en rien mystérieuse, de tendre la main vers soi-même.

Le monde est beau de ces aspirations, innocentes ou torturées, où le chaos n’est ni celui des moralisateurs, ni des figues sèches d’une assemblée bien intentionnée.

Ce n’est pas si difficile après tout…
Il suffit d’entamer le voyage vers les terres inassouvies de notre présence.