ontologie | langage | réalité

Posted: March 19th, 2010 | Author: gasphere | Filed under: fausses divaguations | Tags: | No Comments »

E. Sapir :

(…) le langage est avant tout une actualisation vocale de la tendance à voir la réalité de façon symbolique.

Ceci est la seconde fonction du langage, la première étant la communication.

[J. P. Bronckart]

La représentation consiste à créer des substituts dont l’organisation constitue ce l’on appelle généralement la pensée.

Fondamentalement, la réalité nous échappe.

Selon cette hypothèse, l’ontologie est donc l’effort pour appréhender les structures qui sont le socle des diverses tensions symboliques exprimant le désir d’organiser/comprendre des pans de la réalité simultanément définis.


Natraj / Nataraja / Natarajan

Posted: November 16th, 2009 | Author: gasphere | Filed under: Imaginaflamenco | Tags: , , , | No Comments »

Texte déclamé [version glaise] – Métamorphes

Nataraja est le maître de la danse.
Maître d’une danse et de toutes les autres.

Nataraja émerge de la terre et revêt son auréole de flammes.
Divinité qui témoigne de la vie enracinée dans cette terre, et de la propension à une vie toute agitée de ces bons vieux morceaux d’argile…

Les formes s’inscrivent dans le temps à l’envie.

Dans l’instant elles se figent.

Dans la durée elles se font voir avec plus ou moins de visibilité,
plus ou moins d’arrogance – peut-être.


Lâches, nous vous voyons

Posted: October 22nd, 2009 | Author: gasphere | Filed under: fausses divaguations | Tags: | No Comments »

Je vis dans un pays où la population se noie dans une mer noire et fangeuse d’adjuvants, et où les pratiques reposent sur la procuration. Toutes et tous essayant de justifier le bien-fondé de fonctionnements dans lesquels ils se compromettent : dépressifs et suicidaires amateurs et professionnels s’accumulent.

Longtemps, j’ai ressenti une réelle aversion pour ces jeux sociaux qui s’originent dans une lâcheté plus lâche que celle dont je fais preuve. L’indifférence a pris le pas. Ce n’est pas une bonne nouvelle.

Cependant, je me refuse de considérer que je fais partie d’une sorte d’élite qui se constitue au jour le jour, par une conscience affûté des rouages sociaux et surtout psychologiques qui régissent la plupart de nos vies. Je préfère prendre le parti de choisir une forme de lâcheté : refuser de faire l’effort de me fondre, de me justifier, de jouer la comédie des mœurs viciés.

La justification suffit-elle ?

Où est la plus grande souffrance ?

Chez celle ou celui qui, bon grès, malgré, trouve son compte dans les mécanismes comportementaux qui n’ont de pertinence que dans un microcosme malsain ?

Chez celle ou celui qui par goût aime le différent, l’alternatif – par état d’être -, et finit pas se réfugier parce que la rumeur assourdissante l’empêche de vivre ?

La problématique mémorielle devient centrale dans ce jeu du plus lâche pour qu’on atteigne un type de vérité, et pourquoi pas une éthique.
L’aveuglement devient synonyme d’oubli. Le microcosme se gonfle pour devenir le macrocosme. Les autres pistes de développements, individuels et/ou collectifs, ne sont alors de fait plus que des délires, des chemins hors des sentiers partagés volontairement maintenant.

Être dans un coin ou sur une piste devenue observatoire (la métaphore qui vous plaira), empêche d’effacer des pans majeurs de la réalité.
Être un spectateur/acteur implique nécessairement de prendre en compte ce reste du monde sur lequel on se cogne, et qui est l’absurde raison d’un tel positionnement.

Je ne rêve plus de sombrer dans l’assoupissement généralisé.

Je ne me renierai plus.

Si nous ne sommes pas une élite, nous restons peu.


éthique du savant-fou

Posted: September 28th, 2009 | Author: gasphere | Filed under: autres projets | Tags: , , | No Comments »

La nature comme principe primordial, tel était son credo.

Le savant-fou avait été invité au lycée pour faire une intervention au sujet de la recherche fondamentale en biologie. Il était d’ailleurs officiellement chercheur au C.N.R.S., spécialisé dans les mécanismes de la photosynthèse. Sa démarche lui avait été suggéré par un autre de nos professeurs, un inadapté également, mais dont la matière de prédilection était la littérature française ; un bon terreau pour alimenter un délire à l’encontre de la censure étatique. L’intervention de l’amoureux du vivant avait été accueilli avec une mou respectueuse mais néanmoins dubitative par notre mentor-biologiste habituel. Il est à remarquer qu’il divaguait à sa façon mais de façon moins poétique. Il défendait la pensée selon laquelle l’homme – il déclamait l’Homme – avait désormais les moyens de devenir un apprenti-sorcier comme jamais auparavant : toutes les règles d’éthique devaient être éradiquées. Vous jugerez du degrés de folie de chacun.

Au sein de cette théologie naturaliste, la terre était un immense organisme vivant. Les hommes avaient beau s’évertuer à se rendre maître des lieux, ils avaient par avance perdu le combat. Les générations futures en témoigneraient. De prime abord, cette considération du cours des choses témoignait d’un optimisme débordant et peut-être halluciné. Au sujet des thématiques hallucinogènes, ce poète du vivant se passionnait pour les plantes et leurs actions et vertus sur les neurones humanoïdes. Izmir avait creuser la question lors des nombreuses discussions et partages qu’ils eurent après la conférence lycéenne et néanmoins alléchante. Deux individus étrangers aux coutumes culturelles partagées à l’excès. Leurs regards étaient rivés vers des sphères de la connaissance où tout est possible, surtout les délires électrocutant les frontières soporifiques du réel. Ils auraient pu écrire une histoire des stimulants et autres narcotiques, aussi bien qu’une étude érudite en collaboration sur l’influence de la pensée alchimique sur l’éclosion de la physique moderne. La confrontation au terrain était le fondement irraisonnée de leur méthodologie outrancière. Les jeunes et plus en âge doivent bien comprendre ce que nous montrons si grossièrement du doigt.

La cassure eut lieu à un moment précis : une fuite malheureuse sur un détail sordide de la vie privée de cet imprévisible professeur Tournesol. Sa propre femme était battue par lui-même. Emphase et redondance de la révélation certes, incongruité avec les valeurs défendues et exprimées dans les comportements journaliers, bien plus encore.


formes : religion / athéisme

Posted: July 30th, 2009 | Author: gasphere | Filed under: AlterAltitude, blog GASphere | Tags: , , , | No Comments »

www.AlterAltitude.net et la catégorie Histoire Noire au présent sur Gilles Arnaud Sphere.

Une rencontre réelle à peine imaginée

Vers l’âge de dix ans il fit une rencontre ayant les apparences de la normalité. Un jeune homme était venu à la maison familiale. Comme nombre de colporteurs, quêteurs et évangélistes, il frappa à la porte. Il vendait des peintures aux reflets argentés tentant d’illustrer la présence de l’archange Gabriel. Sa mère ne sût que dire. Le jeune homme était gentil, il n’était pas un de ces témoins qui transmettent une bonne nouvelle aux relents d’enfants abandonnées aux souffrances de la maladie, jusqu’à les offrir en pâture à une mort naturelle.
Non. Il n’était que douceur.
Izmir a tout de suite aimé les dessins, avant la voix aux trémolos célestiels.
Il fallait choisir une des représentations. Ils partirent donc se promener dans le jardin sous l’œil maternel bienveillant mais attentif. Elle les observa de la fenêtre pendant tout le temps du dialogue qui s’instaura entre eux.
Pour qu’il choisisse, il devait connaître les raisons de la démarche du montreur d’images. Ce dernier se mit donc en demeure de lui expliquer les tenants et les aboutissants d’une théologie originale, pour peu que l’on soit pétri de son côté de doctrine spirituelle catholique. Si l’on est amateur de science fiction depuis son plus jeune âge, et que les visites extraterrestres constituent une certitude, l’exposé qui va suivre sera plus aisément envisageable, quoique.
La terre et les cieux furent créés en six jours. Repère partagé. Et puis la pomme et la Chute. C’est comme la banane et la glissade, mais sur un plan symbolique fort.

[Ouverture d'une parenthèse pleine d'agacement, mais sans condescendance]

(
Il est à noter – pour les quelques lecteurs ignares – que ce point de vue de la dégringolade de la condition humaine est largement judéo-christiano centré. Au passage – pour les incultes restants – il est plus juste de parler de tendances judéo-grecques puisque, historiquement parlant, les judéo-chrétiens furent les premières communautés chrétiennes plutôt martyres. Cette dénomination n’a donc pas toujours désigné la vieille garde puritaine frustrée des non-modernes.
De plus, – et toujours pour les mêmes – en islam (oui…) c’est Adam qui faute, et non pas Ève. C’est une des quelques rectifications que Le Coran apporte à La Bible.
)

Mais revenons à notre théologien hors-norme, mais sans caricature ; vous constaterez. L’exode, les plaies d’Égypte, Moïse et la mer docile et fantasque, David et Goliath, Noé et les autres, dans le plus grand désordre, sont tous à leur place. Selon le jeune et docte extasié, les prophètes ont chacun un style propre. Toutes les périodes des prophéties participeraient d’une mosaïque de messages constituant le décor divin de l’histoire des hommes.

Et ces prophètes ne pouvaient être considérés en dehors des régulières visites extraterrestres.
Une histoire du monde où les anges font du surf en soucoupes volantes.
Facile de verser dans l’ironie.
Il était si pur ce garçon.

Cette rencontre constitua un commencement. Celui d’une aventure dont les justifications représentent une brèche dans les idées bien agencées.

La certitude intime de l’existence d’une brèche fut donc la première conséquence.

Second individu/personnage, à peine imaginé également

Il le rencontra pour la première fois au collège. C’était un expatrié de fait et de rêves. Son charme fut toujours prodigieux. Hommes et femmes en subissaient l’influence. Seules ces dernières profitaient de ces extases matérielles qui auraient suffit à le caractériser, si la rage qui le taraudait au ventre n’était pas devenue au fil des années sa véritable maîtresse. Il symbolise les lieux de perdition de la quête, si sincère soit elle. Il savait pourquoi son corps avait pris l’habitude de cracher du sang avec une stricte régularité. Il est l’ami violent.
La destruction était sa voie. Celle des êtres qui le côtoyaient autant que lui-même. L’environnement était le cadet de ses soucis et la raison en était simple. Si l’humanité avait pris le parti de sa propre destruction, comme elle semblait l’avoir fait voilà plusieurs décennies, alors il devait aider celle-ci à accoucher d’elle-même. On ne peut pas lui reprocher d’appartenir à la masse des hypocrites. Cependant, quelques rares personnes étaient en son affection. Izmir était de ceux-là.
Il avait construit sa légende personnelle. Son frère jumeau avait été tué par un requin gris dans les eaux du Pacifique sud. De ce drame fantasmé était né sa passion pour les squales, dont il adorait l’instinct de prédation guidé presque essentiellement par une pulsion meurtrière aveugle. Les Grands Blancs, carcharinus limbatus, ou longimanus, et autre Mako était son centre d’intérêt, compulsif pourrait-on dire. Un ogre, il l’était en toutes choses, de la concupiscence au raffinement de l’esthète érudit. Il était bien seul à sa manière. Il avait le don de combattre sur le mode discursif, et rabaissait la personne qui s’était engagée dans le piège. Elle le regrettait amèrement, repartant dans son logis empreinte du malaise de celui qui vient d’être percé à jour en un clin d’œil, mais sans compassion aucune de la part du chasseur. La cruauté était devenue son mode de communication. Son intention n’était pas de se constituer un réseau d’amis, mais de piétiner le faible où qu’il le débusque. L’athéisme était sa religion et l’athéologie sa doctrine. Le raisonnement était on ne peut plus simple. Qu’est-ce qui peut nous empêcher de faire le mal si aucun principe transcendant ne préside à notre existence ? Que sont la morale, l’éthique, les règles de sociabilité, si elles sont relatives et ont toutes les chances d’être fausses avec le temps, selon une modernité toujours renouvelée. Sans révélation, les humains sont libres de concrétiser toutes les aberrations. Il aurait pu choisir le bien me direz-vous. Il estimait que la voie du pire était celle qui procurait le plus de plaisir. Un jour, il décrivit les sensations d’un violeur au moment où sa victime – prisonnière de l’intérieur – reprend conscience. Était-ce encore une bravade, un fantasme, ou la description d’un processus dont la connaissance était la résultante d’une expérimentation abjecte ? Izmir ne l’a jamais considéré comme une abomination, malgré cette permanente théâtralité de la souillure des idéaux, et des valeurs partagées se réclamant de l’amour et de ses avatars. Pitié et compassion représentaient la fange répugnante dans laquelle se vautrait tous ces lâches pour des siècles et des siècles.

[La scène de la douleur avec les chemins qui se séparent]