Un ensemble d’idées qui se rapporte à une réalité non pas pour l’éclairer et la transformer, mais pour la voiler et la justifier dans l’imaginaire, qui permet aux gens de dire une chose et d’en faire une autre, de paraître autres qu’ils ne sont.
[à propos du marxisme]
Définition-proposition valable pour nombre de sytèmes de pensées.
Définition-proposition définissant les groupuscules grégaires construits autour d’opinions.
Cornelius Castoriadis, L’institution imaginaire de la société.
Des bataillons de maudits, menés par les données
blafardes que j’aurai exhumées, se mettront en marche.
Les uns pourris et les autres de flamme,
et quelques-uns pourris.
Charles Fort
Sa mémoire était bien-entendu hantée par des images d’enfance. Des séquences morcelées et reconstruites mais ayant la force de la certitude.
L’image d’une place vue d’en haut dans un pays qu’il reconnaissait comme l’Angleterre. Le petit-déjeuner apporté dans la chambre de l’hôtel : corn flakes et oeufs au bacon. Ce voyage avait réellement eu lieu, mais il avait alors seulement trois ans. Et puis il y avait cette étrange vue du ciel.
Les autres impressions constituaient un panorama d’éléments buccoliques, d’un hédonisme pur, noyées dans l’impermanence et la nostalgie. Les lumières élégiaques de ces proximités subtiles avec la nature laissaient leurs empreintes, de la même façon que le soleil continue de nous éblouir, même après que l’on se soit détourné de sa clarté.
Il essaya de jouer avec les enfants à leurs jeux. Parfois il jouait son rôle, à d’autres moments il n’en avait plus la force. Ses parents lui donnaient des libertés à l’intérieur de la maison, et dans le jardin aux essences puissantes et enivrantes. Il avait pris l’habitude de se raconter des histoires. Il en était le héros, ou du moins il apparaissait comme le personnage dont la fonction était de rétablir la paix. La violence ne tuait pas, elle préservait un ordre équilibré. Qui parlait dans ces moments ? Ses amis imaginaires ou les voix différenciées de sa pensée ?
Après quelques détours nous retrouverons son visage.
Les années d’insouciance se seront échappées comme prises de folie. Quelque chose d’aussi réel qu’indéfinissable les auront fait fuir en hurlant.
Chaque chose à sa place.
La gravité sera donc devenue une composante essentielle de ce visage. Nul ne pourra le nier, ni l’éviter. Ses yeux regarderont avec cette intensité trouble, presque brutale parce que trop dérangeante : est-il besoin de l’écrire ? Au hasard des rencontres, certains se sentiront prisonniers de leur conscience, et d’autres penseront qu’il défigure les gens et que ce n’est pas poli.
Chaque fuite a sa forme.
Les amours futiles et leurs impasses auront été déjoué. L’avenir ne lui sourira pas. Il restera un vide à combler. Cette béance engouffrant toutes les autres. Un manque indescriptible, imprescriptible semblera-t-il, comme un comdamné. Les murs et les barreaux seront partout, les portes de sortie ne figureront pas sur un plan. Toute échappatoire sera devenue caduque. Être l’enfermement.
Attendre sans complaisance.
Ne plus devenir seul.
Attendre.
Le décor vous est apparent.
On continue.
NOTA BENE : à lire en boucle sans la citation de Charles Fort, et ce jusqu’à la fin des sons.
[Une partie significative du discours dans le théâtre
des illusions pendant Mulholland drive]
David Lynch
Une perception fanatique du cinéma
Éléments biographiques
Les enfants ont pris l’habitude de grandir à deux pas d’un multiplex.
Je n’avais qu’une centaine de mètres à faire pour atteindre la billetterie démodée d’un cinéma d’art et essai.
Pourquoi un établissement de ce type dans un village ? Aléas d’une politique culturelle locale aventureuse, ou bien résultat d’un marketing irresponsable ?
Je ne percevais pas les films qui s’offraient d’un point de vue esthétique, ou selon les catégories éclairantes de l’histoire de l’art, ni d’un fou filmant dailleurs. Je devenais à chaque séance un élément des images sonores projetées. Je devenais tour à tour tous les personnages. Je laissais la poésie filmique transformer mon intimité, mon regard sur les choses et les êtres. J’expérimentais, presque à mon insu, la puissance créatrice d’un réalisateur, m’imprégnant des intentions d’une virtuosité, de la folie visuelle d’une subversion.
Plein d’une naïveté propre à l’enfance et l’adolescence, je vivais à chaque séance l’intuition de bénéficier d’une forme de centralité.
Des yeux tendus à se rompre. La sensation de ne plus pouvoir détacher son attention de ce flot d’images magnifiantes, comme si la caméra filmait de l’intérieur de moi-même. Universalité d’une poétique ou hasards éclairants d’une rencontre devenant creuset d’aspirations bien moins seules désormais ?
Les films et les messages iconiques consubstantiels prenaient une dimension archétypale, toujours renouvelée. La poésie du cinéma faisait nécessairement sens.
Il y avait La dame de Shanghaï. Une femme devient le gouffre aux illusions des hommes, des mâles. Les facettes démultipliées d’un ego en quête d’ailleurs est en passe de se noyer dans les miroirs de sa maîtresse blonde sulfurée.
Mais l’espoir est sur l’arête de l’image brisée.
Toutes les personnes factices se reconnaissent dans chaque reflet. Il ne reste plus qu’à reconstruire, au détour d’un quai, là où le soleil appelle à une vie au-delà d’un horizon, pour l’heure encore obstrué par de grands jouets usés. La poésie avait enlacé notre ami, comme elle avait fait perdre la tête à Orson, dans le labyrinthe chaotique fait de pièges et de chausses-trappes, composé fondamentalement d’un agencement onirique d’ombres et de lumières vacillantes. Danses des corps, des yeux, pour une catharsis de l’esprit qui ne voulait pas s’y résoudre.
Rita était-elle la marionnettiste ou seulement la créature qui dans les derniers instants refuse la valse mortuaire ?
Il y a des voyages ineptes, mais peut-être une piste illuminée se laissera-t-elle empruntée ?
Le Procès.
La justice : abysse d’une société que l’on ne peut nommer : elle a oublié son nom.
Anthony est le seul, avec le peintre sans doute, à détenir le secret de la supercherie.
Le mensonge est devenu la vérité. Exactement : mentir c’est dire sans mentir.
Toujours la même folie présente à chaque marche de l’escalier de cette vérité. Mais elle, elle est absente – où pourrait-elle pendre son envol au-dessus de la médiocrité des êtres ? Veulerie et tromperie sont devenues – sont-elles? – les ressources ultimes et premières, les véritables forces vives qui supplantent les rêves des rêveurs de rêves. Les chimères sont à leur tour prises en otage, étouffées dans ce jeu de simulacres. Le réel n’est plus la vie, et l’éther où elles se sont réfugiées manque d’air, singulièrement. Moi aussi ; j’ouvre grand la bouche, tire sur ma chemise avec mes doigts de cadavre. Une porte de sortie, d’entrée dans le domaine protégé de mes espérances. C’est le désert maintenant, deux hommes me poussent dans la tombe pour que toute cette absurdité cesse, et les insanités à l’amour. L’explosion. Elle se fait languir. La peau se déchire et la porte entrouverte se ferme. La noirceur dans l’absence de clarté. Un à un, les lampions électriques s’allument. Cela continue tout de même. Sortie de la salle, éblouissement par le grand chambellan des étoiles.
Marcher un peu avec la fraîcheur du soir comme compagne. Mes membres goûtent les dons de ma poitrine. Un frisson.
La plaie est ouverte.
Et puis le personnage du passé qui devint l’homme du futur. Le citoyen Kane en quête d’une pureté vouée à l’inassouvissement. C’est le premier film de Welles et il lui ressemble, comme nous nous en sommes tous rendus compte. Le cinéma est-il à ce point riche et ivre de magie ? Peut-être ne faut-il pas trop donner ? Un jeu dangereux le don inconsidéré, cousin de l’inconditionnel. La perte et le gain deviennent une seule et même chose – du moins dans l’absolu.
Les autres, à la traîne ou trop devant, sont les fantoches d’une liberté à conquérir. L’art libérateur… c’est bien ça ? La pente est rude et va dans tous les sens. Se perdre pour qui ? Seront-ils reconnaissant ? Oui mais… créer équivaut à se perdre pour se retrouver. La lutte serait intrinsèque à ladite condition… Point de vue artistique ou d’artiste ?
Fadaises… Les contraintes au commencement des lueurs sont des violences inadmissibles. Un marcheur amputé est-il naturel ?
Il a donc fait des œuvres sans lendemain, et parfois même sans aujourd’hui. Un Grand œuvre pour cet alchimiste lumineux, où une profondeur est révélée par un agencement de sons et d’images en mouvement, sans que le temps n’intervienne. Et pourtant… Un écho bien plus dur et sourd qu’à l’accoutumé. Et pourtant…
Ce film-miroir fut redécouvert quelques décennies plus tard à l’aune d’une ampleur qui est la sienne, et qui lui revient, donc. Orson a du voir son reflet toujours jeune et pourtant plus proche de ce présent-ci, Dorian du Septième Art empêtré dans une pellicule en attente de lumière.
Orson Welles le magicien.
Conscient d’être du vingtième siècle, son œuvre cinématographique [mais pas seulement : radio, théâtre] est un lieu de passage entre le dix-neuvième siècle et son monde. Mais il ne s’est pas contenté d’être un passeur, il fit entrevoir les possibilités et les règles à venir d’une nouvelle prestidigitation.
Godard a dit de lui qu’il était avec G. [Griffith] le seul “(…) à avoir fait démarrer ce merveilleux petit train électrique auquel ne croyait pas Lumière. Tous, toujours, lui devront tout.”.
L’ogre aux ailes shakespeariennes était donc éternel.
Autrefois je croyais que la force des mots était garante de vérité. Qu’à condition de trouver le mot juste, il ne dépendait que d’un acte de volonté approprié que je parvinsse à consigner sous une forme affirmative tout ce qui était vrai ; j’ai appris depuis que les mots n’ont d’autre valeur que celle de l’esprit qui les choisit, de sorte qu’il entre dans l’essence de toute prose d’être une forme d’imposture.*
Une étincelance d’ombre m’éloignait du chemin.
Il fallait revenir. Revenir à tout prix.
Izmir était accoudé à la fenêtre depuis quelques temps déjà.
La musique était devenue un ensemble de nappes satinées et voluptueuses dans lesquelles sont esprit était. Il y découvrait une consistance, une épaisseur qui lui était familière malgré les incandescences de la nouveauté. Tel un des éveillés, il goûtait. Ces sons, ses sens, le transportaient bien au-delà des toits de cette ville qui en ces instants lui paraissait mirage. D’aucuns parlaient des temps anciens et des moyens qui étaient, tour à tour, imposés, proposés, pour que les fils enfin se tissent. Le passé était devenu un gouffre aux illusions, un refuge aux espérances, une réalité sans nom ne cessant d’être qualifiée pour de bonnes raisons. Pour de mauvaises raisons. Qui sait ? Qui veut savoir vraiment ?
Les bruits familiers avaient disparus dans les présences du silence. La mélancolie étrange trouva une porte de sortie acceptable. Elle allait se déguiser de nouveau, pour se cacher de nouveau.
En un instant alangui le disque s’arrêta. La moiteur et la quiétude du voyageur se firent jour, en conscience, comme des traces, des preuves de ces incursions/excursions du quotidien. Le maintenant se déploya pour faire sa place tandis que la rumeur ménagère s’amplifia presque soudain. Un avion passa. Un moteur s’étouffa pour mourir et renaître sous des doigts agiles et omnipotents.
Il était coutumier de ces “décrochages” comme il en était venu à les qualifier. Depuis quelques mois, la fréquence de ces parenthèses était grandissante. Elles se faisaient donc plus proches mais aussi plus intenses. Cependant, ce n’était pas comme un trou de mémoire, une absence où l’on a l’impression d’avoir été victime d’un larcin de bouts d’existence. Non pas, “en quelque sorte”, “si l’on peut dire”, “selon une analogie éclairante quoique inexacte” : pas d’approximation ici, ni de concession au déjà vu. C’était l’inverse. Une brèche dans le temps aurait été moins oppressante : un autre temps impliquant une perception différente. Même un esprit solide et structuré, sujet de cette dernière, doit perdre tous ses repères, pour en acquérir de nouveaux, mais bien plus vastes.
En somme, c’était l’idiosyncrasie des perceptions communes qui s’exprimait, se réalisait, à chacun de ses décrochages. Le plus surprenant ou le plus drôle – selon les circonstances – résidait dans le fait que cela pouvait se passer n’importe quand dans la journée ou dans la dimension nocturne. Izmir préférait employer cette expression pour désigner la nuit, de la même façon que certains appellent la lune, l’astre nocturne. Ainsi, dans la file d’attente chez le boucher, au moment où la boulangère tend le rendu de monnaie, soit pendant cet instant où le bus passe sous nos yeux et que nous sommes alors incapables d’en fixer un seul point.
Aucune similitude, en apparence, dans les conditions préalables à l’expansion des temps.
Encore un ego-roman où l’auteur fait une auto-critique, une auto-analyse, de son parcours intellectuel, de son intériorité, de son “cheminement” !
Ou plutôt, l’appréhension d’un univers, culturel, permettant de caractériser le monde moderne ? Je vois…
Il s’agit de quelqu’un qui a compris et qui nous explique… C’est ça ? Non ?
Rien de tout ceci.
Le témoignage c’est bien autre chose.
Faire œuvre d’historien dans un espace romanesque est chose difficile et impossible, puisque cette perspective ne me correspond en aucune façon.
L’imaginaire est bien assez contraint pour en rajouter une couche.
Mais qui est juge de ce qui est digne d’être écrit ?
Pas moi.
Peut-être vous ?
Peut-être toi ?
Le déploiement des réalités humaines, des méandres des êtres, nécessiteraient des entorses aux académismes. Lorsque l’on a tendance à penser une problématique en l’exposant en trois parties et un nombre équivalent de sous-parties, il faut commencer à se méfier de soi-même. Revenir au constat du sage confronté au disciple qui ne se sent pas progresser [devenir meilleur en somme] :
“Tu es incapable d’aller au-delà de ton propre esprit [par définition]“
De cette aventure romanesque des jugements naîtront.
La question du mélange.
Certains diront donc : “C’est très mélangé”
Henry Miller à propos de vives critiques moralisantes au sujet de Nexus :
“Je suis ce que je suis !”
D’autres diront donc : “Il se prend pour Henry Miller !”
Parmi les programmes du quotidien, un reste fondamental.
S’écarter, s’écarter toujours des gens de la mauvaise foi.
Il est déjà bien difficile de voyager en prenant garde à la frontière qui sépare sa dimension secrète d’une fantasmagorie de soi-même.
Dernière balise.
Pour palier aux lourdeurs dramatiques de l’érudition – la note en bas de page ou de frontispice – les œuvres et citations reproduites ici, pointées, régurgitées, sublimées bien souvent (oui), ne sont pas référencées avec précision et exhaustivité. Cela fait partie des règles en quelque sorte. Il y a le nom des auteurs au minimum. C’est déjà bien.
Aspiration : tendance à réfléchir de la lumière noire
La béance engouffrant toutes les autres avait assez attendu.
Elle était là n’en pouvant plus de sentir cette nourriture
tant promise depuis que les mondes sont
apparus à l’intérieur de sa panse
matrice d’un jour matrice de tous
la grande faim s’était révélée
comme une imprécation aux intonations incantatoires
et sans blasphème aucun…
La première régurgitation enflamma les cieux de sa beauté
puis le rien puis le beau puis le rien
puis le beau s’épanchèrent aux yeux des seul(e)s capables soumis
au spectacle des débordements des unités élémentaires
gonflant vers les directions non encore nommées
là ils elles virent bien autre chose que l’aboutissement
des chemins de la quête mais leur naissance
se mordant la queue face à la source iridescente des multiples
de l’ordre sans début ni commencement ni fin
une profusion d’instants distendus projetés
vers le centre de sa périphérie englobante
où les frontières n’ont ni ce nom ni cette prégnance.
L’exultation d’elle était là partout
la noirceur évacuée ne pouvait plus
sa place tenir !
ce qui afflua alors
partagée elle enfin
ils elles devinrent
enfin elle connue
offrandes et hôtes sans privilèges
Ils elles durent peu à peu considérer leur nouvelle condition.
L’accomplissement de la Substance avait été une simple remise en forme.
Des choses que l’on croit connaître pendant une existence aveugle avant l’éveil de la préciosité omniprésente, et que les loups s’efforcent de cacher de voiler à l’attention des éveillé(e)s.
La grande mort aux vulgaires pétillances des êtres resterait rayonnante au creux pour toujours de leurs vies.
Maintenant, un devoir leur incombait : témoigner de cette possibilité, en rien mystérieuse, de tendre la main vers soi-même.
Le monde est beau de ces aspirations, innocentes ou torturées, où le chaos n’est ni celui des moralisateurs, ni des figues sèches d’une assemblée bien intentionnée.
Ce n’est pas si difficile après tout…
Il suffit d’entamer le voyage vers les terres inassouvies de notre présence.
Ces textes sont destinés à mettre le spectacle en perspective, c’est-à-dire de montrer par le verbe l’unité du message conté à travers la diversité des tableaux.
[Tableau 1]
La légende raconte que de l’Esprit émerge la Vie.
Il existe une magie ancienne comme le monde lui-même,
elle permet aux formes de s’offrir à nos yeux,
de faire de nous des personnages lancés dans l’Aventure.
Mais la violence est depuis toujours partout présente.
La discorde semble être la maîtresse des lieux.
Où est la paix ?
Où sont les Rêves ?
Soyons portés par le souffle de la création !
Si l’on veut atteindre les Terres de Lumière,
une Lutte Intérieure devient nécessaire.
Obscurité et Clarté s’opposent et se complètent.
Noir et Blanc sont les pôles d’une même réalité.
Comment faire la part entre le Bien et le Mal ?
[Tableau 2]
La légende raconte que de l’Esprit émerge la Vie.
Ainsi, chacun d’entre nous, aurait été pensé, ou peut-être rêvé,
ou encore désiré au cœur d’un feu ardent, avant d’apparaître tels que nous sommes.
La Volonté est forte – les vies apparaissent.
Le Rêve est puissant – les formes émergent.
Le désir est grand – l’inspiration jaillit, et,
la Passion prend place à ses côtés.
La légende raconte que de l’Esprit jaillit une forme,
et que la Passion l’appela CHEVAL.
[Tableau 3]
Les lignes de fuite et couleurs d’une même lumière s’expriment à l’envie, selon les existences et leurs mosaïques de sentiments.
Danser.
(pause)
Danser ne revient-il pas à créer des formes dans l’espace et à travers les sons, immatériels, mais bien visibles pour ceux qui savent voir au-delà des mots.
Mal être
Bien être
Être
Danser
[Tableau 4]
La légende raconte que de l’Esprit émerge la Vie.
Quel Royaume est le plus vaste ?
Nos émotions s’infiltrent en chaque chose,
elles imprègnent les pas de nos existences.
Ces mouvements de l’Intérieur s’expriment de multiples façons,
chaque art est un langage et leur réunion permet de montrer, de plus près,
les étincelances de nos sentiments, qu’ils soient sombres ou images du bonheur.
La Légende raconte que de l’Esprit jaillit un Joyau,
et la Passion l’appela AMOUR.
[Tableau 5]
ENTRACTE
[Tableau 6]
Les figures d’une géométrie universelle définissent la nature, les animaux, les hommes, tous les hommes, toutes les créatures.
(pause)
Lignes et courbes définissent le Monde,
Lignes et courbes dessinent l’Avenir.
(répétition du module constitué par les deux dernières phrases, jusqu’à disparaître dans l’ombre)
[Tableau 7]
Certains disent que la Vie est un Rêve.
Peut-être que des dieux rêvent nos existences.
(pause)
Mais peut-être que chacun de nous, chaque créature, animal ou homme,
rêve à son tour, et donne à la réalité un nouveau visage.
(pause)
Maintenant, la beauté est partout présente.
L’innocence parle à l’innocence sur une terre paisible où une amitié profonde se dévoile à nos yeux.
[Tableau 8]
Vous pensez que toute cette lumière se suffit à elle-même ?
Que la bonté et sa sœur la pureté pourraient se répandre et s’imposer sans effort, sans lutte véritable ?
Tout le monde est beau et gentil, n’est-ce pas ?
La bonne volonté et la pureté de l’intention suffiraient à effacer ces cortèges de problèmes qui nous assaillent…
Ne confondons pas désir de Paix et Naïveté !
Des hommes n’en ont-ils pas enchaîner d’autres ?
Les machines de guerre n’ont-elles pas, plus que de raison, labourées vos près et vos champs ?
On a coutume d’opposer les villes et les campagnes :
Cités carnassières contre une nature sauvage.
Ne sont-elles pas identiques lorsqu’elles asservissent ?
Gestes qui se répètent.
Insomnies qui s’imposent.
Yeux exorbités de fatigue.
Le mythe cogne à la porte.
Sachons brisez nos chaînes.
[Tableau 9]
Beau Voyage
Un îlot laissa la place à un autre, tour à tour,
pour nous donner à voir les méandres du Labyrinthe de nos vies.
Si nous avons la chance de faire une belle rencontre,
que les destinées se croisent,
et que nous soient montré du doigt les possibilités de Bonheur
… Alors tout est dit est la douceur
devient le Maître Mot…
Dépouillons-nous de nous et des idées reçues.
Soyons simplement cette femme dans un parc qui
chante à son enfant le bonheur entrevu.
Soyons ces amoureux dans les coquelicots qui
laissent les diamants aux reflets des rivières
ils lancent des cerfs-volants en guise de prière
que le jour prochain soit toujours aussi beau.
Soyons les rivières en automne et les feuilles
mortes qui renaissent déjà dans l’eau et ses
reflets mettant à nos pensées éphémères
couronnes de lumière dorée.
Soyons la cruelle journée qui demain sera
la plus belle pour aller danser
Soyons l’impossible et la vie réinventée.
Cessons de nous mentir avant de vouloir dire la vérité aux autres
Guérissons de nous-mêmes car le mal est ancien.
Dépouillons-nous de nous et des Idées Reçues.*
[Tableau 10]
FIN
Le comédien pense que le texte doit être retouché pour qu’il puisse gagner en présence scénique.
Trop l’habitude d’écrire pour une lecture silencieuse.
L’étude d’un tel objet, un projet culturel et ses réalisations dans un contexte sociohistorique donné, nécessite de prêter attention à plusieurs domaines faisant appel à différentes temporalités.
En cela nous suivons la remarque d’Antoine Prost (Douze leçons sur l’Histoire, 2000, p.7) :
Pour expliquer l’histoire, l’historien est ainsi conduit à identifier des causes et des conditions multiples, à les hiérarchiser, à les soupeser en quelque sorte. Sa logique est rarement linéaire ; le plus souvent, elle entrecroise des séries différentes, aux temporalités inégales.”
Une temporalité politique.
Depuis 1976, date de la conférence de Nairobi où est votée une résolution pour la sauvegarde de la médina de Fès, les données du contexte international n’ont cessé d’évoluer.
Au Maroc, il en est de même. En 1999, Mohammed VI succède à son père Hassan II. Des volontés politiques sensiblement différentes en sont l’inévitable conséquence.
Dans cette sphère du politique, ce sont des acteurs et des événements appartenant à l’histoire du temps présent ou relevant d’une histoire immédiate qui sont à l’œuvre.
La notion de patrimoine implique une temporalité patrimoniale.
Cette temporalité se définit à travers l’inscription dans un passé remontant à plusieurs siècles : de la fondation de Fès au VIIIème siècle de l’ère chrétienne, en passant par l’Andalousie médiévale. Une histoire réelle, reconstruite, voire mythique selon les sujets considérés, et qui fait appel au notion de “mémoire” et de “représentation”.
Une temporalité spirituelle.
Elle procède de la notion de patrimoine en ce qu’elle se fonde sur un héritage historique, mais paradoxalement elle fait appel à l’éternel dans son acception religieuse : c’est-à-dire qu’elle échappe au temps.
La notion de “spiritualité” qui procèderait donc de l’universel et de l’éternel, permet de donner une signification intemporelle à des données historiques. Ainsi s’applique une telle “spiritualisation” aux univers confrériques pourtant inscrits et datés dans le temps.
Le Festival de Fès de la Culture Soufie met en jeu de nombreuses confréries soufies, les marocaines y forment un réseau subtil.
Les milieux marocains du soufisme ont des divergences de forme et parfois de doctrine, mais elles regardent dans une même direction pacificatrice, dans le cas contraire il ne s’agit pas véritablement de soufisme…
Ce festival se déploie à travers les trois temporalités présentées et au sein de la problématique suivante : l’affirmation d’un Islam universel et unificateur dont l’histoire du Maroc témoignerait, la monarchie marocaine serait la dépositaire, et le soufisme le médiateur.
Une expérience du voyage.
Passages de frontières entre les formes.
Le sculpteur manipule la matière.
Les lignes de glaise en devenir s’acheminent vers la forme imaginée.
L’imaginaire s’enracine dans le réel, pour une postérité bien visible,
Pleine de concrétude.
La danseuse a choisi l’éphémère.
La vie se fait jour et se dissipe aussitôt, continuant sa quête.
Les sons emplissent l’air et des cultures cherchent à s’affirmer,
Pour que chacune soit la seule et unique.
Une identité porteuse de sens ne peut-elle être habitée par une âme vagabonde ?
Et si toutes les formes étaient réunies,
Alors Métamorphes,
Pour s’épancher par des chemins de liberté ?
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